Les Déserteurs

Les Déserteurs (détail)

Les Déserteurs était à l’origine mon projet de diplôme à la fin de ma formation en arts graphiques, en 2004. Durant la dernière année, j’ai passé un assez long moment à réfléchir à ce que je voulais faire. Une fois décidé que je voulais faire un livre illustré, je me suis rappelé d’un sujet qui m’avait suffisamment intéressé durant mes études littéraires (qui avait précédé mon école d’arts graphiques) pour en faire un exposé : les pères du désert, premiers ermites chrétiens autour de St Antoine.

Les Déserteurs (couverture)Je trouve cette période passionnante, parce que mal connue, et à cheval entre deux époques bien établies dans l’esprit des gens : l’Antiquité et le Moyen-Âge. Cette période, de plusieurs siècles, est considérée comme une sorte de creux, sans grand intérêt, ou du moins mal défini. Or, c’est une époque d’énormes bouleversements géopolitiques (la lente agonie de l’Empire Romain redistribuant les cartes) et religieux (la propagation de la religion chrétienne, et plus tard de l’Islam), les deux aspects étant intimement liés, bien entendu. Je trouve presque émouvant de penser aux personnes qui vivaient, où survivaient, bon gré, mal gré, durant ces siècles qui figurent sur quelques pages des manuels d’Histoire, que l’on saute rapidement pour lire les passages plus « importants ».

Au moment où se déroule Les Déserteurs, en 303 après JC, l’Empire Romain existe encore. Il en a même pour encore plus d’un siècle et demi d’existence (officiellement jusqu’au 4 septembre 476, abdication de Romulus Augustule). Mais son autorité est contestée aussi bien à l’intérieur (des usurpateurs prennent le pouvoir dans certaines régions éloignées de Rome, les chrétiens refusent de pratiquer le culte de l’empereur), qu’à l’extérieur (les incursions de plus en plus fréquentes des peuples barbares sur pratiquement toutes les frontières). Dioclétien, qui règne à ce moment, est en réalité le dernier empereur capable de rétablir une certaine stabilité, et encore se trouve-t-il obligé de partager le pouvoir, d’abord avec un autre empereur, puis avec deux autres encore.

Les Déserteurs (couverture originale)Ma principale source d’inspiration est le Satyricon, sans grande surprise. La période qui y est décrite est bien sûr antérieure de plusieurs siècles à celle des Déserteurs. Mais c’est surtout le ton de ce roman, licencieux, satirique, violent, burlesque, auquel j’ai voulu me rattacher. C’est un ton que l’on retrouve dans de nombreuses œuvres de l’Antiquité, que ce soit le théâtre d’Aristophane, ou la poésie d’Ovide. Je voulais retrouver ce ton qui correspond mieux, à mon sens, à ce que devait être la vie antique, que la perception romantique que l’on en a habituellement de nos jours : celle d’une période grave, pompeuse, fastueuse, avec ses statues aux proportions parfaites et ses temples à colonnes blanches (les temples grecs, à l’époque, étaient peints dans des couleurs bariolées qui ont disparu avec les temps ; et les murs de chaque bâtiment de Rome étaient couverts de graffitis, obscènes, humoristiques, ou politiques).

J’ai passé trois mois à plein temps, de mars à juin 2004, à réaliser les quelques planches qui constituent Les Déserteurs. Je l’ai fait relié dans un très grand livre, format A3 fermé, avec une couverture rigide, en exemplaire unique. Après mon diplôme, je suis parti vivre aux États-Unis, je me suis mis sur Jamestown, et j’ai un peu mis cet ouvrage de côté, sans trop y penser. Je n’avais jamais songé sérieusement à le publier. C’est Gautier et The Hoochie Coochie qui m’ont convaincu, après Jamestown, que cela pourrait être une bonne idée de publier aussi Les Déserteurs. Ils ont fait un formidable travail d’édition, améliorant grandement le livre par rapport à l’exemplaire que je m’étais fabriqué. Et il est sorti en mai 2009.

Quelques liens :
– La page sur le site de The Hoochie Coochie
– Des critiques sur ActuaBD, evene.fr, et Du9