Truckee Lake

Truckee Lake (détail)

Comme annoncée sur la page de ce site consacrée à Jamestown, rédigée il y a quelques années, je souhaitais depuis un certain temps faire une sorte de « suite » de Jamestown, concernant l’expédition Donner. Le titre, Truckee Lake, est dans ma tête depuis longtemps. Il y a quelque chose dans ce nom que je trouve extrêmement évocateur. Il me rappelle ces lieux maudits qu’on retrouve par exemple dans les romans de Stephen King. Sans doute parce qu’il est d’inspiration indienne: c’est la prononciation européanisée d’une expression païute de bienvenue, qui signifie à peu près « tout va bien ». Mais aussi parce que c’est un ancien nom qui n’est plus utilisé pour désigner le lac près duquel l’expédition Donner a dû survivre tout un hiver, dans les conditions affreuses décrites dans mon livre. Aujourd’hui, le lac est appelé Donner Lake.

Je trouvais ce détail intéressant, car il me permettait de créer un lien avec Jamestown dès le titre. Ces deux noms de lieux qui ont une très forte charge symbolique dans l’Histoire américaine ont disparu en tant que tels: Jamestown, parce que le fort lui-même n’existait plus quelques temps après sa fondation, et qu’il ne s’est jamais véritablement développé pour devenir une ville, contrairement à d’autres colonies. Et Truckee Lake, parce que son nom a été changé.

On retrouve de nombreux autres points communs, je pense, avec Jamestown. Par exemple, le fait que les mouvements des personnages se fasse systématiquement de droite à gauche dans la page. Lorsque j’étudiais le graphisme, on me disais toujours de composer de gauche à droite, dans notre sens de lecture habituel, pour que la mise en page soit dynamique et pour inviter le lecteur à continuer de lire. Dans Jamestown et Truckee Lake, je fais volontairement le contraire.

Malgré ces liens voulus entre les deux ouvrages, de nombreuses nuances et évolutions sont nécessairement apparues dans leur conception. J’ai terminé Jamestown en 2006, et Truckee Lake en 2016… Mon style de dessin a changé. Mes personnages ont toujours des visages étranges, mais leurs corps se sont humanisés. Cela rend peut-être l’impression d’ensemble du dessin encore plus bizarre. Mes préoccupations aussi ont évoluées. On retrouve l’histoire d’un groupe, comme dans Jamestown, mais cette fois elle concerne des familles et des enfants, et pas uniquement des hommes.

À présent que ces deux ouvrages existent, et sont liés par ce mince fil thématique, j’aimerais clore ce cycle avec un troisième livre, qui concernerait le tremblement de terre de San Francisco en 1906. Mais je n’ai pas encore le titre en tête pour ce projet…